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Négrophobie, violences d’État et territoires à décoloniser. Les héritages très actuels de l’esclavage et de la traite transatlantique
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"name": "Table ronde. N\u00e9grophobie, violences d\u2019\u00c9tat et territoires \u00e0 d\u00e9coloniser. Les h\u00e9ritages tr\u00e8s actuels de l’esclavage et de la traite transatlantique" ,
"description": "https:\/\/www.agendamilitant.org\/Negrophobie-violences-d-Etat-et-territoires-a-decoloniser-Les-heritages-tres.html \n\nTable ronde avec : \n\n\u2013 Maboula Soumahoro - Ma\u00eetresse de conf\u00e9rence \u00e0 l'Universit\u00e9 \n\n\u2013 Theo Lubin- Collectif 10 Mai \n\n\u2013 Fatou Dieng et Akuvi- R\u00e9seau Entraide V\u00e9rit\u00e9 et Justice \n\n\u2013 Dawud Bumaye - Revue Dissidente \n\n\u2013 Aminata Konat\u00e9 - Militante et cr\u00e9atrice de contenu \n\nLe 10 mai est pr\u00e9sent\u00e9 comme une journ\u00e9e de \"comm\u00e9moration des m\u00e9moires de la traite, de l'esclavage et de leur abolition\". Mais que comm\u00e9more-t-on r\u00e9ellement ? \n\nLe 2 avril 2024, \u00e0 l'Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations-Unies, une r\u00e9solution port\u00e9e notamment par le Ghana visant \u00e0 reconna\u00eetre la traite transatlantique et l'esclavage comme crime contre l'humanit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 soumise au vote. La France a choisi de s'abstenir. \n\nDerri\u00e8re les arguments invoquant le refus de \"hi\u00e9rarchiser les crimes\", cette position r\u00e9v\u00e8le surtout une difficult\u00e9 persistante \u00e0 affronter une histoire pourtant fondatrice du monde contemporain. \n\nCar l'esclavage transatlantique n'est pas un simple \u00e9pisode du pass\u00e9. Il a fa\u00e7onn\u00e9 un ordre racial global, construit sur la d\u00e9portation de millions de personnes africaines et l'exploitation syst\u00e9matique de leur corps. Cet ordre ne s'est pas dissous avec les abolitions : il s'est transform\u00e9, r\u00e9organis\u00e9, et continue de structurer en profondeur nos soci\u00e9t\u00e9s. \n\nAujourd'hui encore, ses h\u00e9ritages sont visibles : \n\nN\u00e9grophobie, racisme syst\u00e9mique, violences d'\u00c9tat, in\u00e9galit\u00e9s face \u00e0 la justice et aux droits. Les attaques verbales et physiques visant des personnes noires ces derni\u00e8res semaines - qu'il s'agisse d'\u00e9lu\u00b7es ou d'enfants - rappellent que ces logiques ne rel\u00e8vent pas du pass\u00e9, mais du pr\u00e9sent. Les violences polici\u00e8res s'inscrivent pleinement dans cette continuit\u00e9 : contr\u00f4les au faci\u00e8s, usage disproportionn\u00e9 de la force, impunit\u00e9 institutionnelle. Elles touchent de mani\u00e8re r\u00e9currente des personnes racis\u00e9es et font l'objet de mobilisations constantes, port\u00e9es notamment par des collectifs de familles et des r\u00e9seaux comme le R\u00e9seau Entraide V\u00e9rit\u00e9 et Justice, qui luttent pour la reconnaissance, la v\u00e9rit\u00e9 et la justice. \n\nDans les derni\u00e8res colonies que sont les r\u00e9gions d\u00e9partements dits d'Outre-mer, les structures \u00e9conomiques coloniales perdurent, notamment \u00e0 travers la domination de certaines grandes familles b\u00e9k\u00e9s, parfois descendantes directes d'esclavagistes, qui concentrent encore des pans entiers de l'\u00e9conomie. Ce capitalisme comprador emp\u00eache le d\u00e9veloppement \u00e9conomique local. La production industrielle est inexistante et la production agricole responsable est emp\u00each\u00e9e au profit de l'industrie agroalimentaire qui impose aux populations des crimes \u00e9cologiques comme ceux de la chlord\u00e9cone. \n\nLa militarisation et la r\u00e9pression sont les r\u00e9ponses du gouvernement fran\u00e7ais aux contestations et aspirations \u00e0 l'autod\u00e9termination. Ce fut le cas lors des grandes manifestations contre la vie ch\u00e8re en Martinique et Guadeloupe ou les leaders furent emprisonn\u00e9s et pour certains d\u00e9port\u00e9s vers l'\u00eele de la R\u00e9union. Dans les ann\u00e9es 70, les mouvements ind\u00e9pendantistes avaient d\u00e9j\u00e0 subi le m\u00eame type de violence. La militarisation du territoire est un des grands classiques du colonialisme. Le SMA (Service Militaire Am\u00e9nag\u00e9) est une des rares alternatives propos\u00e9es, avec l'\u00e9migration, \u00e0 une jeunesse paup\u00e9ris\u00e9e. \n\nMalgr\u00e9 la disparition juridique de l'esclavage, ses effets se prolongent dans les rapports sociaux, les hi\u00e9rarchies raciales et les politiques publiques. Les restrictions \u00e0 la mobilit\u00e9, les politiques migratoires, ou encore la surexposition aux violences d'\u00c9tat participent de cette continuit\u00e9. \n\nFace \u00e0 cela, des mobilisations pour la reconnaissance et la r\u00e9paration se d\u00e9veloppent. Des organisations comme le Comit\u00e9 10 mai portent ces revendications, en exigeant que justice soit faite face aux cons\u00e9quences durables de l'esclavage et de la colonisation. \n\nDans ce contexte, la comm\u00e9moration du 10 mai interroge. C\u00e9l\u00e8bre-t-on r\u00e9ellement une rupture historique, ou participe-t-on \u00e0 un r\u00e9cit national qui valorise l'abolition tout en \u00e9vitant de penser ses prolongements et ses responsabilit\u00e9s ? Ce r\u00e9cit national servant \u00e0 occulter les luttes men\u00e9es par les personnes r\u00e9duites en esclavage elles-m\u00eames, notamment les r\u00e9voltes comme celle du 23 ao\u00fbt 1791, journ\u00e9e internationale du souvenir de la traite n\u00e9gri\u00e8re, \u00e0 laquelle on a, en France, pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e celle du 10 mai pour f\u00eater une opportune r\u00e9conciliation des Fran\u00e7ais au pr\u00e9texte d'honorer conjointement la figure des \"abolitionistes\" ,et celle des personnes r\u00e9duites en esclavage. \n\nCette table ronde propose d'ouvrir ces questions : \n\n\u2013 Comment l'histoire esclavagiste et coloniale continue-t-elle de structurer le pr\u00e9sent ? \n\n\u2013 Quelles formes prennent aujourd'hui les r\u00e9sistances ? \n\n\u2013 Et quelles perspectives pour la justice, les r\u00e9parations et la d\u00e9colonisation ? Voir aussi Survie " ,
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Thèmes :
Lutte des migrant·es et sans-papiers, antiracisme politique, décolonisation
Type d'événement :
Réunion publique
Quand ?
Cet événement est passé
Mardi 19 mai à 19h00,
Où ?
CICP - Centre International de Culture Populaire
21 ter, rue Voltaire 75011 Paris
#négrophobie
Table ronde avec :
– Maboula Soumahoro - Maîtresse de conférence à l’Université
– Theo Lubin- Collectif 10 Mai
– Fatou Dieng et Akuvi- Réseau Entraide Vérité et Justice
– Dawud Bumaye - Revue Dissidente
– Aminata Konaté - Militante et créatrice de contenu
Le 10 mai est présenté comme une journée de "commémoration des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition". Mais que commémore-t-on réellement ?
Le 2 avril 2024, à l’Assemblée générale des Nations-Unies, une résolution portée notamment par le Ghana visant à reconnaître la traite transatlantique et l’esclavage comme crime contre l’humanité a été soumise au vote. La France a choisi de s’abstenir.
Derrière les arguments invoquant le refus de "hiérarchiser les crimes", cette position révèle surtout une difficulté persistante à affronter une histoire pourtant fondatrice du monde contemporain.
Car l’esclavage transatlantique n’est pas un simple épisode du passé. Il a façonné un ordre racial global, construit sur la déportation de millions de personnes africaines et l’exploitation systématique de leur corps. Cet ordre ne s’est pas dissous avec les abolitions : il s’est transformé, réorganisé, et continue de structurer en profondeur nos sociétés.
Aujourd’hui encore, ses héritages sont visibles :
Négrophobie, racisme systémique, violences d’État, inégalités face à la justice et aux droits. Les attaques verbales et physiques visant des personnes noires ces dernières semaines - qu’il s’agisse d’élu·es ou d’enfants - rappellent que ces logiques ne relèvent pas du passé, mais du présent. Les violences policières s’inscrivent pleinement dans cette continuité : contrôles au faciès, usage disproportionné de la force, impunité institutionnelle. Elles touchent de manière récurrente des personnes racisées et font l’objet de mobilisations constantes, portées notamment par des collectifs de familles et des réseaux comme le Réseau Entraide Vérité et Justice, qui luttent pour la reconnaissance, la vérité et la justice.
Dans les dernières colonies que sont les régions départements dits d’Outre-mer, les structures économiques coloniales perdurent, notamment à travers la domination de certaines grandes familles békés, parfois descendantes directes d’esclavagistes, qui concentrent encore des pans entiers de l’économie. Ce capitalisme comprador empêche le développement économique local. La production industrielle est inexistante et la production agricole responsable est empêchée au profit de l’industrie agroalimentaire qui impose aux populations des crimes écologiques comme ceux de la chlordécone.
La militarisation et la répression sont les réponses du gouvernement français aux contestations et aspirations à l’autodétermination. Ce fut le cas lors des grandes manifestations contre la vie chère en Martinique et Guadeloupe ou les leaders furent emprisonnés et pour certains déportés vers l’île de la Réunion. Dans les années 70, les mouvements indépendantistes avaient déjà subi le même type de violence. La militarisation du territoire est un des grands classiques du colonialisme. Le SMA (Service Militaire Aménagé) est une des rares alternatives proposées, avec l’émigration, à une jeunesse paupérisée.
Malgré la disparition juridique de l’esclavage, ses effets se prolongent dans les rapports sociaux, les hiérarchies raciales et les politiques publiques. Les restrictions à la mobilité, les politiques migratoires, ou encore la surexposition aux violences d’État participent de cette continuité.
Face à cela, des mobilisations pour la reconnaissance et la réparation se développent. Des organisations comme le Comité 10 mai portent ces revendications, en exigeant que justice soit faite face aux conséquences durables de l’esclavage et de la colonisation.
Dans ce contexte, la commémoration du 10 mai interroge. Célèbre-t-on réellement une rupture historique, ou participe-t-on à un récit national qui valorise l’abolition tout en évitant de penser ses prolongements et ses responsabilités ? Ce récit national servant à occulter les luttes menées par les personnes réduites en esclavage elles-mêmes, notamment les révoltes comme celle du 23 août 1791, journée internationale du souvenir de la traite négrière, à laquelle on a, en France, préférée celle du 10 mai pour fêter une opportune réconciliation des Français au prétexte d’honorer conjointement la figure des "abolitionistes" ,et celle des personnes réduites en esclavage.
Cette table ronde propose d’ouvrir ces questions :
– Comment l’histoire esclavagiste et coloniale continue-t-elle de structurer le présent ?
– Quelles formes prennent aujourd’hui les résistances ?
– Et quelles perspectives pour la justice, les réparations et la décolonisation ?