Lien copié !

Cet événement est passé !

Négrophobie, violences d’État et territoires à décoloniser. Les héritages très actuels de l’esclavage et de la traite transatlantique

Thèmes :
Lutte des migrant·es et sans-papiers, antiracisme politique, décolonisation

Type d'événement :
Réunion publique

Quand ?

Cet événement est passé
Mardi 19 mai à 19h00,

Où ?
CICP - Centre International de Culture Populaire
21 ter, rue Voltaire 75011 Paris

#négrophobie

Table ronde avec :

 Maboula Soumahoro - Maîtresse de conférence à l’Université
 Theo Lubin- Collectif 10 Mai
 Fatou Dieng et Akuvi- Réseau Entraide Vérité et Justice
 Dawud Bumaye - Revue Dissidente
 Aminata Konaté - Militante et créatrice de contenu

Le 10 mai est présenté comme une journée de "commémoration des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition". Mais que commémore-t-on réellement ?

Le 2 avril 2024, à l’Assemblée générale des Nations-Unies, une résolution portée notamment par le Ghana visant à reconnaître la traite transatlantique et l’esclavage comme crime contre l’humanité a été soumise au vote. La France a choisi de s’abstenir.

Derrière les arguments invoquant le refus de "hiérarchiser les crimes", cette position révèle surtout une difficulté persistante à affronter une histoire pourtant fondatrice du monde contemporain.

Car l’esclavage transatlantique n’est pas un simple épisode du passé. Il a façonné un ordre racial global, construit sur la déportation de millions de personnes africaines et l’exploitation systématique de leur corps. Cet ordre ne s’est pas dissous avec les abolitions : il s’est transformé, réorganisé, et continue de structurer en profondeur nos sociétés.

Aujourd’hui encore, ses héritages sont visibles :

Négrophobie, racisme systémique, violences d’État, inégalités face à la justice et aux droits. Les attaques verbales et physiques visant des personnes noires ces dernières semaines - qu’il s’agisse d’élu·es ou d’enfants - rappellent que ces logiques ne relèvent pas du passé, mais du présent. Les violences policières s’inscrivent pleinement dans cette continuité : contrôles au faciès, usage disproportionné de la force, impunité institutionnelle. Elles touchent de manière récurrente des personnes racisées et font l’objet de mobilisations constantes, portées notamment par des collectifs de familles et des réseaux comme le Réseau Entraide Vérité et Justice, qui luttent pour la reconnaissance, la vérité et la justice.

Dans les dernières colonies que sont les régions départements dits d’Outre-mer, les structures économiques coloniales perdurent, notamment à travers la domination de certaines grandes familles békés, parfois descendantes directes d’esclavagistes, qui concentrent encore des pans entiers de l’économie. Ce capitalisme comprador empêche le développement économique local. La production industrielle est inexistante et la production agricole responsable est empêchée au profit de l’industrie agroalimentaire qui impose aux populations des crimes écologiques comme ceux de la chlordécone.

La militarisation et la répression sont les réponses du gouvernement français aux contestations et aspirations à l’autodétermination. Ce fut le cas lors des grandes manifestations contre la vie chère en Martinique et Guadeloupe ou les leaders furent emprisonnés et pour certains déportés vers l’île de la Réunion. Dans les années 70, les mouvements indépendantistes avaient déjà subi le même type de violence. La militarisation du territoire est un des grands classiques du colonialisme. Le SMA (Service Militaire Aménagé) est une des rares alternatives proposées, avec l’émigration, à une jeunesse paupérisée.

Malgré la disparition juridique de l’esclavage, ses effets se prolongent dans les rapports sociaux, les hiérarchies raciales et les politiques publiques. Les restrictions à la mobilité, les politiques migratoires, ou encore la surexposition aux violences d’État participent de cette continuité.

Face à cela, des mobilisations pour la reconnaissance et la réparation se développent. Des organisations comme le Comité 10 mai portent ces revendications, en exigeant que justice soit faite face aux conséquences durables de l’esclavage et de la colonisation.

Dans ce contexte, la commémoration du 10 mai interroge. Célèbre-t-on réellement une rupture historique, ou participe-t-on à un récit national qui valorise l’abolition tout en évitant de penser ses prolongements et ses responsabilités ? Ce récit national servant à occulter les luttes menées par les personnes réduites en esclavage elles-mêmes, notamment les révoltes comme celle du 23 août 1791, journée internationale du souvenir de la traite négrière, à laquelle on a, en France, préférée celle du 10 mai pour fêter une opportune réconciliation des Français au prétexte d’honorer conjointement la figure des "abolitionistes" ,et celle des personnes réduites en esclavage.

Cette table ronde propose d’ouvrir ces questions :

 Comment l’histoire esclavagiste et coloniale continue-t-elle de structurer le présent ?
 Quelles formes prennent aujourd’hui les résistances ?
 Et quelles perspectives pour la justice, les réparations et la décolonisation ?