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Justice pour les prisonniers politiques, stop à la torture et l’isolement

Thèmes :
Lutte des migrant·es et sans-papiers, antiracisme politique, décolonisation Lutte des classes, travail et internationalisme Autre

Type d'événement :
Rassemblement

Quand ?

Cet événement est passé
Dimanche 26 octobre 2025 à 18h30,

Où ?
Place de la République (Paris)
75010 Paris

Rassemblement
Dimanche 26 octobre à 18h30
Place de la République, Paris

Je m’appelle Sukryie Akar et je voudrais vous parler de mon mari, Fikret Akar, qui est détenu depuis le 1er février 2025 dans la prison de haute sécurité de Karatepe-Fosse (Tekirdag, Turquie). Les prisonniers appellent ces prisons des « prisons souterraines ».

Mon mari a été arrêté le 17 août 2024. Il est en détention provisoire. Son procès est toujours en cours, il n’a même pas été condamné. Et pourtant, il est maintenu enfermé, en cellule d’isolement.

En Turquie, normalement, les prisonniers en détention provisoire ne peuvent en aucun cas être détenus dans de telles conditions. De plus, selon la loi en Turquie, les prisonniers ne peuvent pas être maintenus en cellule d’isolement pendant plus de 20 jours sans certificat médical.

Pourtant mon mari est détenu dans cette prison depuis le 1er février 2025. Soit depuis près de 9 mois.
Ce sont là des violations flagrantes des lois turques. Que vaut la loi en Turquie ? L’État lui-même s’autorise tous les droits sur la population, et ne joue pas dans les règles qu’il décide pourtant.

Mon mari mène une grève de la faim illimité, jusqu’à la mort, depuis le 30 mars. Aujourd’hui 24 octobre, c’est le 209e jour de sa grève de la faim. De ce fait, il est sujet à plusieurs problèmes de santé :

o Ses pieds sont enflés (oedème). Il ne peut plus marcher correctement.
o Il souffre de douleurs musculaires.
o Il a désormais également des problèmes d’oesophage et des difficultés à avaler.

En tout, 11 prisonniers sont actuellement en grève de la faim illimitée dans les prisons turques.

Vous pourriez vous demander : pourquoi est-il en grève de la faim illimitée ?
La réponse à cette question est qu’il souhaite être transféré dans une prison où les conditions d’isolement ne sont pas aussi strictes. Où il puisse être avec ses camarades. Où l’humanité des prisonniers est pris en compte. Donc une prison qui ne soit pas de type S, R ou Y.

Ces prisons dites de type « puits » font 3x4 mètres carrés. Les prisonniers y sont seuls 23 he par jour. Ils ont le droit de sortir dans la cour pendant une heure. Mon mari ne peut sortir qu’avec deux autres prisonniers à la fois. Mais la cour n’est pas à côté de la cellule. Il doit se rendre à un autre étage, et il lui faut plus de 20 minutes pour se rendre dans cette cour. Et quand pour une raison quelconque, par exemple un besoin urgent d’aller aux toilettes, il quitte la cour, il n’a plus le droit d’y retourner.

Il faut savoir que même cette petite heure dehors peut se transformer en calvaire, car ils n’ont le choix que de sortir. Les prisonniers doivent rester dehors pendant une heure. Sans toit, sans protection. Peu importe qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il grêle ou que le soleil tape fort. Ce moment de promenade qui pourrait être un des seuls moments de pseudo liberté et de socialisation est également utilisé pour garder la pression psychologique et le contrôle sur les prisonniers.

Le gouvernement parvient ainsi à transformer le droit à l’air libre en une torture en plein air.

Mon mari, Fikret Akar, a été soumis tout le mois dernier à une interdiction de communication qui a pris fin le 8 octobre. Nous n’avons donc pas pu, pendant cette période, savoir comment il allait, connaître son état de santé, l’aider dans sa situation de grève de la faim.

Vous vous demandez peut-être pourquoi il a subi une interdiction de communication ? La raison est celle-ci : il a frappé à la porte et crié des slogans pour protester contre ses conditions de détention. Ce sont là ses crimes impardonnables.

Le 18 octobre, à son 203e jour de grève de la faim, il a finalement pu me téléphoner.

Comment sont organisés le droit de visite et le droit à la communication dans les prisons de type « puist » ?

Mon mari a pour l’instant le droit de recevoir la visite de ses proches au premier degré. Ce sont donc théoriquement son frère, sa soeur, sa mère, son père, son conjoint, ses enfants qui pourraient venir le voir. Mais : sa mère et son père sont décédés, je ne peux pas me rendre en Turquie car je serais immédiatement incarcérée, et nous n’avons pas d’enfants. Il ne peut donc recevoir la visite que de ses frères.

Il a le droit de téléphoner une fois par semaine pendant 10 minutes. En général, c’est lui qui m’appelle. Mais comme je vous le disais précédemment, il est parfois soumis à une interdiction de communication, pour des raisons arbitraires.

Aussi, il est important de préciser les conditions d’isolement. C’est l’une des plus grandes cruautés dans les prisons de type « puits ». Il ne peut pas voir les gardiens de la prison. Ils ne peuvent communiquer avec lui que par interphone. Lui n’a aucun moyen d’entrer en contact avec qui que ce soit pendant 23 heures par jour. Mais il est filmé 24/24h. Il n’a pas le droit à une vie privée, jamais un instant d’intimité.

Une grille métallique est installée à la fenêtre, qui est toujours très en hauteur. L’espacement entre le grillage qui la couvre est juste assez grand pour laisser passer une cigarette. Il n’y a donc aucune circulation d’air. Quand il lave son linge, il ne sèche jamais. Et il respire l’eau qui s’évapore. Mais pire encore : ce grillage et le positionnement de la fenêtre fait qu’on n’y voit jamais le soleil.

En résumé, l’isolement que les prisonniers endurent dans ces prisons est total : pas de contact humain, pas d’air, pas de soleil.
Tout cela entraîne de nombreuses maladies :

o Des problèmes oculaires parce que la cellule est trop exiguë et on ne peut même pas regarder par la fenêtre donc le regard ne peut jamais accrocher l’horizon
o De l’obésité car on ne peut pas bouger suffisamment et on a pas le droit à des activités physiques stimulantes
o Des problèmes digestifs puisque la nourriture donnée n’a aucune valeur nutritive et est de mauvaise qualité
o Des maladies cardiovasculaires pour toutes les raisons déjà citées.

Mais ce qu’il faut bien comprendre et qui est le plus grave, c’est que les prisonniers sont censés perdre la raison. Il est là, tout l’intérêt de ces prisons, c’est pour cela qu’elles ont été conçues. Pour briser des êtres humains jugés dangereux par un État fasciste qui terrorise sa population. Et il est certain que les prisonniers qui se retrouvent enfermés dans les prisons de type S, R et Y entrent dans un processus qui les conduit inévitablement vers une mort lente et atroce à petit feu. L’État turc sait que les êtres humains ne peuvent pas vivre dans ces conditions cruelles. Y survivre est déjà une prouesse.

Les prisonniers, dont mon mari, ont des demandes simples et concises : Ils souhaitent être transférés dans des prisons de type F. Ce sont aussi des prisons d’isolement. Mais grâce aux grèves de la faim entre 2000 et 2007, qui ont coûté la vie à 122 personnes, la détention en isolement dans les prisons de type F n’est plus aussi stricte, des droits ont été acquis. En effet, une fois par semaine, 9 prisonniers peuvent avoir accès pendant 10 heures à une cour commune. Les prisonniers peuvent également recevoir la visite de personnes qui ne font pas partie de leur famille. Et le plus important : dans les prisons de type F, une cour individuelle est à côté de la cellule, la porte de la cellule reste ouverte jusqu’à la tombée de la nuit et les prisonniers peuvent entrer et sortir comme ils le souhaitent tant qu’elle est ouverte.

L’isolement est une torture. Et il existe de nombreux rapports d’organisations de défense des droits humains qui, tout comme les prisonniers, demandent la fermeture de ces « prisons souterraines ».

Parmi eux, la présidente renommée de l’organisation de défense des droits humains TIHV et de l’ordre des médecins Sebnem Korur Financi, le député Gergerlioglu. Et il y a deux jours, le CHP a publié un rapport sur les prisons dans lequel il demande la fermeture des prisons de type S, R et Y.