Discussion. La perspective anti-autoritaire et l’enfance
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"name": "Discussion : La perspective anti-autoritaire et l\u2019enfance" ,
"description": "https:\/\/www.agendamilitant.org\/Discussion-La-perspective-anti-autoritaire-et-l-enfance.html \n\n\"Cependant, avec la conception et la naissance, les parents n'ont pas seulement donn\u00e9 la vie \u00e0 leurs enfants ; ils les ont en m\u00eame temps introduits dans un monde. En les \u00e9duquant, ils assument la responsabilit\u00e9 de la vie et du d\u00e9veloppement de l'enfant, mais aussi celle de la continuit\u00e9 du monde. Ces deux responsabilit\u00e9s ne co\u00efncident aucunement et peuvent m\u00eame entrer en conflit. En un certain sens, cette responsabilit\u00e9 du d\u00e9veloppement de l'enfant va contre le monde : l'enfant a besoin d'\u00eatre tout particuli\u00e8rement prot\u00e9g\u00e9 et soign\u00e9 pour \u00e9viter que le monde puisse le d\u00e9truire. Mais ce monde aussi a besoin d'une protection qui l'emp\u00eache d'\u00eatre d\u00e9vast\u00e9 et d\u00e9truit par la vague des nouveaux venus qui d\u00e9ferle sur lui \u00e0 chaque nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. [...] \n\nDans la mesure o\u00f9 l'enfant ne conna\u00eet pas encore le monde, on doit l'y introduire petit \u00e0 petit ; dans la mesure o\u00f9 il est nouveau, on doit veiller \u00e0 ce que cette chose nouvelle m\u00fbrisse en s'ins\u00e9rant dans le monde tel qu'il est. Cependant, de toute fa\u00e7on, vis-\u00e0-vis des jeunes, les \u00e9ducateurs font ici figure d'un monde dont, bien qu'eux-m\u00eames ne l'aient pas construit, ils doivent assumer la responsabilit\u00e9, m\u00eame si, secr\u00e8tement ou ouvertement, ils le souhaitent diff\u00e9rent de ce qu'il est. Cette responsabilit\u00e9 n'est pas impos\u00e9e arbitrairement aux \u00e9ducateurs ; elle est implicite du fait que les jeunes sont introduits par les adultes dans un monde en perp\u00e9tuel changement. Qui refuse d'assumer cette responsabilit\u00e9 du monde ne devrait ni avoir d'enfant, ni avoir le droit de prendre part \u00e0 leur \u00e9ducation.\" \n\n— \"La Crise de l'\u00e9ducation\", Hannah Arendt \n\nDans ce texte de 1958, Hannah Arendt pose au coeur de l'\u00e9ducation une tension entre la protection de l'enfant et la protection du monde qui l'accueille. Protection de l'enfant, car l'enfant a besoin des adultes pour grandir, se nourrir, et enfin devenir autonome, c'est-\u00e0-dire sa propre loi. Mais aussi protection du monde, car du point de vue des adultes, chaque enfant repr\u00e9sente un individu radicalement nouveau, et presque \u00e9tranger au monde qui l'accueille. L'\u00e9ducation est donc un fait intrins\u00e8quement conservateur selon elle, dans le sens ou il s'agit toujours d'introduire un nouvel individu dans un monde dont il nous faut incarner la continuit\u00e9 afin de faciliter cette introduction. \n\nCette radicale nouveaut\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 l'enfance explique presque \u00e0 elle seule toutes les tentatives d'embrigadement dont sont victimes les enfants par tous les autoritaires de ce monde, dont l'effroi vis-\u00e0-vis de l'enfance et de sa nouveaut\u00e9 n'a d'\u00e9galr que la force du d\u00e9ni de cette singularit\u00e9. En effet, la repr\u00e9sentation des enfants dans la propagande de ces id\u00e9ologies fait souvent d'eux des clones de leur fantasme de soci\u00e9t\u00e9. L'\u00c9glise et l'\u00c9tat se sont ainsi battus pour le droit \u00e0 l'endoctrinement des enfants. Les mouvements r\u00e9volutionnaires autoritaires de droite comme de gauche eux aussi ont mis l'accent sur l'\u00e9ducation des enfants, afin de leur transmettre le monde fantasm\u00e9 qu'eux voulaient voir advenir. Tous ont compl\u00e8tement assum\u00e9 ce r\u00f4le conservateur et autoritaire de l'\u00e9ducation au point de faire de l'\u00e9ducation un instrument de leur combat politique. Au point que l'encadrement de la jeunesse soit devenu un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9finitoire du fascisme pour certains auteurs. \n\nQu'en est-il alors de la perspective anti-autoritaire ? Si c'est l'enfance elle-m\u00eame qui comporte en soi les propri\u00e9t\u00e9s qui sont la justification de cette tension conservatrice identifi\u00e9e par H. Arendt, alors la solution fut pour certains libertaires le d\u00e9ni radical de l'enfance. En s'appuyant et en manipulant parfois l'histoire, la psychanalyse, ou la critique sociale, il s'est form\u00e9 dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 20e si\u00e8cle un courant de pens\u00e9e militant pour la d\u00e9n\u00e9gation de l'enfance, ou pour son abolition. Au nom de la critique de toute autorit\u00e9, ces militants refusaient toute responsabilit\u00e9 envers les enfants, ne voyant en l'enfance qu'un mythe justifiant le pouvoir. \n\nC'est contre cette perspective du d\u00e9ni que nous vous proposons de venir discuter \u00e0 la biblioth\u00e8que, \u00e0 l'occasion de la sortie d'une brochure sur le sujet. Il faut en finir avec ce l\u00e2che refus de la responsabilit\u00e9 vis-\u00e0-vis de l'enfance et cette id\u00e9e d'abolition de l'enfance qui persiste dans les aires subversives aujourd'hui. Cela n'a pas rien \u00e0 voir avec les discours que l'on peut \u00e9galement entendre ici et l\u00e0, selon lesquels il serait \u00e9go\u00efste de faire des enfants si on est un r\u00e9volutionnaire anti-autoritaire, qui est une autre forme cons\u00e9quente du refus de l'enfance. Qu'est ce que cela veut dire, abandonner l'enfance, et quels rapports avec les enfants cela cr\u00e9e-t-il ? Comment prendre au s\u00e9rieux cette \u00e9tape de la vie et que nous apprend ce rapport \u00e0 cette alt\u00e9rit\u00e9 particuli\u00e8re ? Rendez-vous \u00e0 la biblioth\u00e8que des Fleurs Arctiques. Voir aussi Les fleurs arctiques " ,
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Thèmes :
Autre
Type d'événement :
Réunion publique
Quand ?
Le 11 décembre à 19h30,
Où ?
Les Fleurs arctiques
45, rue du Pré Saint-Gervais 75019 Paris
"Cependant, avec la conception et la naissance, les parents n’ont pas seulement donné la vie à leurs enfants ; ils les ont en même temps introduits dans un monde. En les éduquant, ils assument la responsabilité de la vie et du développement de l’enfant, mais aussi celle de la continuité du monde. Ces deux responsabilités ne coïncident aucunement et peuvent même entrer en conflit. En un certain sens, cette responsabilité du développement de l’enfant va contre le monde : l’enfant a besoin d’être tout particulièrement protégé et soigné pour éviter que le monde puisse le détruire. Mais ce monde aussi a besoin d’une protection qui l’empêche d’être dévasté et détruit par la vague des nouveaux venus qui déferle sur lui à chaque nouvelle génération. [...]
Dans la mesure où l’enfant ne connaît pas encore le monde, on doit l’y introduire petit à petit ; dans la mesure où il est nouveau, on doit veiller à ce que cette chose nouvelle mûrisse en s’insérant dans le monde tel qu’il est. Cependant, de toute façon, vis-à-vis des jeunes, les éducateurs font ici figure d’un monde dont, bien qu’eux-mêmes ne l’aient pas construit, ils doivent assumer la responsabilité, même si, secrètement ou ouvertement, ils le souhaitent différent de ce qu’il est. Cette responsabilité n’est pas imposée arbitrairement aux éducateurs ; elle est implicite du fait que les jeunes sont introduits par les adultes dans un monde en perpétuel changement. Qui refuse d’assumer cette responsabilité du monde ne devrait ni avoir d’enfant, ni avoir le droit de prendre part à leur éducation."
— "La Crise de l’éducation", Hannah Arendt
Dans ce texte de 1958, Hannah Arendt pose au coeur de l’éducation une tension entre la protection de l’enfant et la protection du monde qui l’accueille. Protection de l’enfant, car l’enfant a besoin des adultes pour grandir, se nourrir, et enfin devenir autonome, c’est-à-dire sa propre loi. Mais aussi protection du monde, car du point de vue des adultes, chaque enfant représente un individu radicalement nouveau, et presque étranger au monde qui l’accueille. L’éducation est donc un fait intrinsèquement conservateur selon elle, dans le sens ou il s’agit toujours d’introduire un nouvel individu dans un monde dont il nous faut incarner la continuité afin de faciliter cette introduction.
Cette radicale nouveauté inhérente à l’enfance explique presque à elle seule toutes les tentatives d’embrigadement dont sont victimes les enfants par tous les autoritaires de ce monde, dont l’effroi vis-à-vis de l’enfance et de sa nouveauté n’a d’égalr que la force du déni de cette singularité. En effet, la représentation des enfants dans la propagande de ces idéologies fait souvent d’eux des clones de leur fantasme de société. L’Église et l’État se sont ainsi battus pour le droit à l’endoctrinement des enfants. Les mouvements révolutionnaires autoritaires de droite comme de gauche eux aussi ont mis l’accent sur l’éducation des enfants, afin de leur transmettre le monde fantasmé qu’eux voulaient voir advenir. Tous ont complètement assumé ce rôle conservateur et autoritaire de l’éducation au point de faire de l’éducation un instrument de leur combat politique. Au point que l’encadrement de la jeunesse soit devenu un élément définitoire du fascisme pour certains auteurs.
Qu’en est-il alors de la perspective anti-autoritaire ? Si c’est l’enfance elle-même qui comporte en soi les propriétés qui sont la justification de cette tension conservatrice identifiée par H. Arendt, alors la solution fut pour certains libertaires le déni radical de l’enfance. En s’appuyant et en manipulant parfois l’histoire, la psychanalyse, ou la critique sociale, il s’est formé dans la deuxième moitié du 20e siècle un courant de pensée militant pour la dénégation de l’enfance, ou pour son abolition. Au nom de la critique de toute autorité, ces militants refusaient toute responsabilité envers les enfants, ne voyant en l’enfance qu’un mythe justifiant le pouvoir.
C’est contre cette perspective du déni que nous vous proposons de venir discuter à la bibliothèque, à l’occasion de la sortie d’une brochure sur le sujet. Il faut en finir avec ce lâche refus de la responsabilité vis-à-vis de l’enfance et cette idée d’abolition de l’enfance qui persiste dans les aires subversives aujourd’hui. Cela n’a pas rien à voir avec les discours que l’on peut également entendre ici et là, selon lesquels il serait égoïste de faire des enfants si on est un révolutionnaire anti-autoritaire, qui est une autre forme conséquente du refus de l’enfance. Qu’est ce que cela veut dire, abandonner l’enfance, et quels rapports avec les enfants cela crée-t-il ? Comment prendre au sérieux cette étape de la vie et que nous apprend ce rapport à cette altérité particulière ? Rendez-vous à la bibliothèque des Fleurs Arctiques.