Discussion - Grande braderie. Économie de soi et liquidation des luttes (et des autres ?)
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"name": "Discussion - Grande braderie. \u00c9conomie de soi et liquidation des luttes (et des autres ?)" ,
"description": "https:\/\/www.agendamilitant.org\/Discussion-Grande-braderie-Economie-de-soi-et-liquidation-des-luttes-et-des-7637.html \n\nDans la lutte pour la r\u00e9volution sociale, il para\u00eet essentiel de se poser la question de sa continuation face aux multiples difficult\u00e9s, emb\u00fbches ou n\u00e9cessit\u00e9s qui peuvent se trouver sur le chemin de ceux qui luttent. La r\u00e9pression et la surveillance, car elles ont pour but de casser l'\u00e9lan de lutte, d'individualiser ceux qui sont cibl\u00e9s, d'apprendre la peur aux autres, est un sujet primordial \u00e0 traiter. Le jonglage et l'accommodement quotidien avec les probl\u00e9matiques que tout individu dans ce monde conna\u00eet (le fric, l'obligation de travailler ou de pointer \u00e0 France Travail, la sant\u00e9...) sont autant de choses dont il faut s'occuper individuellement et collectivement, et qu'il ne faut pas balayer d'un revers de main. \n\nMais que ce soit pour la r\u00e9pression ou les autres sujets ici nomm\u00e9s, il faut \u00eatre clair sur le fait de savoir si le but est de se donner les moyens de continuer \u00e0 lutter ou pas car la pr\u00e9servation maximale de soi, c'est presque toujours ne pas lutter. \n\nOr, depuis quelque temps, dans le sillage de l'\u00e9thique du care et du safe (des sujets d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9s \u00e0 la biblioth\u00e8que - Le care, nid d'espions), l'\u00e9thique de l'\u00e9conomie de soi est \u00e0 la mode. Les dangers du « burn-out militant » guettent chaque individu tr\u00e8s vaguement engag\u00e9 et le sujet est aussi tendance sur les \u00e9tals des librairies de gauche que dans les espaces militants (dans un sens tr\u00e8s large). Derni\u00e8rement, un livre \u00e9crit par Simon Cottin-Marx et Helene Balazar, \"Burn-out militant - Comment s'engager sans se cramer ?\", se donne pour but de donner le recette pour « \u00e9viter la surchauffe », et ce, « m\u00eame s'il y a urgence ». Il semble d'ailleurs plus particuli\u00e8rement s'adresser aux organisations et aux associations. \n\nCela n'a rien d'\u00e9tonnant : organisations et associations humanitaires sont g\u00e9r\u00e9es comme des entreprises. L'\u00e9conomie de soi est, c'est dans le nom, une \u00e9conomie. Un moyen de gestion de la main-d'oeuvre, qu'elle soit pay\u00e9e ou b\u00e9n\u00e9vole. Pour les orgas ou les assos, l'\u00e9conomie de soi devient l'\u00e9conomie des autres. Savoir ne pas cramer la main d'oeuvre pour continuer \u00e0 en retirer du travail. On peut ainsi comprendre qu'il y a lieu de faire un « burn-out militant » quand on bosse pour un parti, un syndicat ou une asso, qui ne nous traite que comme un rouage dans une machine qui a pour seul but son auto-pr\u00e9servation, comme on comprend qu'il y ait des burn-out au taf, c'est-\u00e0-dire un \u00e9puisement physique et psychique d\u00fb \u00e0 l'exploitation. \n\nCes positions ressemblent bien \u00e0 tout ce que fait la gauche, c'est-\u00e0-dire pacifier, tronquer et \u00e9dulcorer, dans l'engagement ou dans la critique. Contre le capitalisme « n\u00e9olib\u00e9ral », il faudrait un capitalisme \u00e0 visage humain, contre une police « ultra-violente » il faudrait une police de proximit\u00e9 et compr\u00e9hensive, contre des prisons « inhumaines » il faudrait des prisons bien entretenues etc. Et pour la lutte, la radicalit\u00e9 n'a pas lieu d'\u00eatre, il faut des luttes raisonn\u00e9es o\u00f9 les militants g\u00e8rent leur engagement et leur temps avec parcimonie et l'optimisent comme un entrepreneur g\u00e8re son planning, entre travail, famille et hobbies. Pour \u00eatre bien s\u00fbr que jamais rien ne change. \n\nOn pourrait alors penser que les espaces de lutte \u00e0 pr\u00e9tentions subversives sont imperm\u00e9ables \u00e0 ce genre de logique gestionnaire et de technique de soi et des autres, les gens ne luttant pas forc\u00e9ment pour une orga surplombante mais autant pour leurs conditions \u00e0 eux que pour celle des autres. Que nenni, foin de tout cela ! Ici et l\u00e0 on entends les maximes de ceux qui, pour justifier leur propre inaction et leur propre l\u00e2chet\u00e9, ou par calcul politique et vis\u00e9es pacificatrices, entendent convaincre les autres qu'il faut « se pr\u00e9server », « ne pas trop s'engager », « savoir prendre du temps pour soi ». \n\nCette \u00e9conomie du bien-\u00eatre a toute sa place dans le management « horizontal » de gauche issu de la Silicon Valley, avec ses salles de pause ludiques et leurs s\u00e9ances de micro-napping, \u00e0 la Biocoop du coin, chez les Verts ou encore dans les start-up alternos comme les Soul\u00e8vements de la Terre mais que vient-elle faire chez les radicaux, \u00e0 part saborder les \u00e9lans de lutte ? Cette rengaine de l'\u00e9conomie de soi semble expliquer en partie ou \u00e0 minima aggraver l'actuelle et d\u00e9solante d\u00e9sertion des espaces de luttes, le lib\u00e9ralisme qui s'y d\u00e9veloppe et le manque d'offensivit\u00e9 et de vivacit\u00e9 dans les mouvements sociaux : par celle-ci, on enjoint les gens \u00e0 ne pas s'engager radicalement car mieux vaut \u00eatre vraiment s\u00fbr de ne pas bouleverser radicalement son quotidien (en r\u00e9alit\u00e9, bouleverser son quotidien, n'est-ce pas tout ce que l'on souhaite aussi quand on lutte pour la r\u00e9volution ?). \n\nComment en est-on arriv\u00e9 \u00e0 l'id\u00e9e que faire une GAV, m\u00eame se passant relativement « bien » c'est-\u00e0-dire sans complications additionnelles au fait d'\u00eatre enferm\u00e9 pendant 24-48h, interrog\u00e9 et oblig\u00e9 de traiter avec des flics dans un comico, serait un risque que l'on ne peut en aucun cas \u00eatre pr\u00eat \u00e0 prendre ? Comment en est-on arriv\u00e9 \u00e0 l'id\u00e9e que participer \u00e0 une action, aller en AG, faire une r\u00e9union pour \u00e9crire un texte, aller au tribunal ou devant un comico pour soutenir des camarades est un sacrifice si grand qu'on doit ensuite se reposer pendant 2 semaines et d\u00e9serter tout espace de lutte ? \n\nPour faire tomber le capitalisme et l'\u00c9tat, pour ne serait-ce qu'envisager la rupture radicale avec ce monde, comment pourrait-on faire autrement que de balayer la gestion raisonn\u00e9e de notre existence qui ressemble tant \u00e0 ce que le capitalisme veut de nous, et d\u00e9sirer ici et maintenant la transformation radicale de nos vies dans et par la lutte en m\u00eame temps que celle de tout ce qui nous entoure ? Voir aussi Les fleurs arctiques.noblogs " ,
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Thèmes :
Autre
Type d'événement :
Réunion publique
Quand ?
Le 13 mars à 19h30,
Où ?
Les Fleurs arctiques
45, rue du Pré Saint-Gervais 75019 Paris
Dans la lutte pour la révolution sociale, il paraît essentiel de se poser la question de sa continuation face aux multiples difficultés, embûches ou nécessités qui peuvent se trouver sur le chemin de ceux qui luttent. La répression et la surveillance, car elles ont pour but de casser l’élan de lutte, d’individualiser ceux qui sont ciblés, d’apprendre la peur aux autres, est un sujet primordial à traiter. Le jonglage et l’accommodement quotidien avec les problématiques que tout individu dans ce monde connaît (le fric, l’obligation de travailler ou de pointer à France Travail, la santé...) sont autant de choses dont il faut s’occuper individuellement et collectivement, et qu’il ne faut pas balayer d’un revers de main.
Mais que ce soit pour la répression ou les autres sujets ici nommés, il faut être clair sur le fait de savoir si le but est de se donner les moyens de continuer à lutter ou pas car la préservation maximale de soi, c’est presque toujours ne pas lutter.
Or, depuis quelque temps, dans le sillage de l’éthique du care et du safe (des sujets déjà abordés à la bibliothèque - Le care, nid d’espions), l’éthique de l’économie de soi est à la mode. Les dangers du « burn-out militant » guettent chaque individu très vaguement engagé et le sujet est aussi tendance sur les étals des librairies de gauche que dans les espaces militants (dans un sens très large). Dernièrement, un livre écrit par Simon Cottin-Marx et Helene Balazar, "Burn-out militant - Comment s’engager sans se cramer ?", se donne pour but de donner le recette pour « éviter la surchauffe », et ce, « même s’il y a urgence ». Il semble d’ailleurs plus particulièrement s’adresser aux organisations et aux associations.
Cela n’a rien d’étonnant : organisations et associations humanitaires sont gérées comme des entreprises. L’économie de soi est, c’est dans le nom, une économie. Un moyen de gestion de la main-d’oeuvre, qu’elle soit payée ou bénévole. Pour les orgas ou les assos, l’économie de soi devient l’économie des autres. Savoir ne pas cramer la main d’oeuvre pour continuer à en retirer du travail. On peut ainsi comprendre qu’il y a lieu de faire un « burn-out militant » quand on bosse pour un parti, un syndicat ou une asso, qui ne nous traite que comme un rouage dans une machine qui a pour seul but son auto-préservation, comme on comprend qu’il y ait des burn-out au taf, c’est-à-dire un épuisement physique et psychique dû à l’exploitation.
Ces positions ressemblent bien à tout ce que fait la gauche, c’est-à-dire pacifier, tronquer et édulcorer, dans l’engagement ou dans la critique. Contre le capitalisme « néolibéral », il faudrait un capitalisme à visage humain, contre une police « ultra-violente » il faudrait une police de proximité et compréhensive, contre des prisons « inhumaines » il faudrait des prisons bien entretenues etc. Et pour la lutte, la radicalité n’a pas lieu d’être, il faut des luttes raisonnées où les militants gèrent leur engagement et leur temps avec parcimonie et l’optimisent comme un entrepreneur gère son planning, entre travail, famille et hobbies. Pour être bien sûr que jamais rien ne change.
On pourrait alors penser que les espaces de lutte à prétentions subversives sont imperméables à ce genre de logique gestionnaire et de technique de soi et des autres, les gens ne luttant pas forcément pour une orga surplombante mais autant pour leurs conditions à eux que pour celle des autres. Que nenni, foin de tout cela ! Ici et là on entends les maximes de ceux qui, pour justifier leur propre inaction et leur propre lâcheté, ou par calcul politique et visées pacificatrices, entendent convaincre les autres qu’il faut « se préserver », « ne pas trop s’engager », « savoir prendre du temps pour soi ».
Cette économie du bien-être a toute sa place dans le management « horizontal » de gauche issu de la Silicon Valley, avec ses salles de pause ludiques et leurs séances de micro-napping, à la Biocoop du coin, chez les Verts ou encore dans les start-up alternos comme les Soulèvements de la Terre mais que vient-elle faire chez les radicaux, à part saborder les élans de lutte ? Cette rengaine de l’économie de soi semble expliquer en partie ou à minima aggraver l’actuelle et désolante désertion des espaces de luttes, le libéralisme qui s’y développe et le manque d’offensivité et de vivacité dans les mouvements sociaux : par celle-ci, on enjoint les gens à ne pas s’engager radicalement car mieux vaut être vraiment sûr de ne pas bouleverser radicalement son quotidien (en réalité, bouleverser son quotidien, n’est-ce pas tout ce que l’on souhaite aussi quand on lutte pour la révolution ?).
Comment en est-on arrivé à l’idée que faire une GAV, même se passant relativement « bien » c’est-à-dire sans complications additionnelles au fait d’être enfermé pendant 24-48h, interrogé et obligé de traiter avec des flics dans un comico, serait un risque que l’on ne peut en aucun cas être prêt à prendre ? Comment en est-on arrivé à l’idée que participer à une action, aller en AG, faire une réunion pour écrire un texte, aller au tribunal ou devant un comico pour soutenir des camarades est un sacrifice si grand qu’on doit ensuite se reposer pendant 2 semaines et déserter tout espace de lutte ?
Pour faire tomber le capitalisme et l’État, pour ne serait-ce qu’envisager la rupture radicale avec ce monde, comment pourrait-on faire autrement que de balayer la gestion raisonnée de notre existence qui ressemble tant à ce que le capitalisme veut de nous, et désirer ici et maintenant la transformation radicale de nos vies dans et par la lutte en même temps que celle de tout ce qui nous entoure ?