Démontage judiciaire. L’affaire Adriano Sofri
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"name": "D\u00e9montage judiciaire. L\u2019affaire Adriano Sofri" ,
"description": "https:\/\/www.agendamilitant.org\/Demontage-judiciaire-L-affaire-Adriano-Sofri-8651.html \n\nCe d\u00e9montage s'attaque \u00e0 une des grandes affaires li\u00e9es \u00e0 la r\u00e9pression du « mai rampant » italien, cette vague insurrectionnelle de la fin des ann\u00e9es soixante qui s'est \u00e9tendue en Italie sur une dizaine d'ann\u00e9e et a connu une r\u00e9pression massive, avec certains moments particuli\u00e8rement mis en lumi\u00e8re comme le « proc\u00e8s Sofri ». \n\nEn 1990, les pr\u00e9venus Adriano Sofri, Giorgio Pietrostefani et Ovidio Bompressi, tous d'anciens membres du groupe op\u00e9ra\u00efste Lotta Continua, actif \u00e0 partir de 1969, sont d\u00e9clar\u00e9s coupables de l'assassinat le 17 mai 1972 du commissaire Luigi Calabresi, que les aires subversives consid\u00e8rent comme responsable du « suicide » par d\u00e9fenestration de Pinelli, militant anarchiste, lors de son interrogatoire dans le cadre de l'affaire de la Piazza Fontana (1969). \n\nL'accusation se construit essentiellement sur la base des aveux de Leonardo Marino, lui aussi ex membre de Lotta Continua, qui b\u00e9n\u00e9ficiera du statut de repenti. Sofri et Pietrostefani auraient commandit\u00e9 la mort de Calabresi, tandis que Marino affirme avoir conduit Bompressi, le tireur, au lieu de l'assassinat. \n\nComme beaucoup des proc\u00e8s de l'\u00e9poque, celui-ci a donn\u00e9 lieu \u00e0 une \u00e9pop\u00e9e judiciaire avec appel, cassation, puis confirmation du verdict par la cour d'appel de renvoi, avalis\u00e9e par la cour de cassation en 1997. Une demande de r\u00e9vision est accept\u00e9e en 1999 mais la cour d'appel confirme la condamnation et la cour de cassation rejette le pourvoi en 2000. Enfin, en 2003, la CEDH juge irrecevable un ultime recours fond\u00e9 sur le droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable. \n\nSi une telle proc\u00e9dure a \u00e9t\u00e9 possible, c'est que l'accusation reposait presque enti\u00e8rement sur des aveux malmen\u00e9s par les faits. De nombreuses contradictions entre les paroles de Marino et les t\u00e9moins oculaires furent relev\u00e9es. Et les preuves mat\u00e9rielles v\u00e9ritables \u00e9taient rares ou disparues. Aussi une telle affaire permet-elle de se confronter \u00e0 la valeur judiciaire de l'aveu et du t\u00e9moignage ainsi que sur le poids du statut de repenti dans les mains du pouvoir. \n\nMais ce qui va nous int\u00e9resser c'est aussi la d\u00e9fense de Sofri centr\u00e9e sur une revendication d'innocence appuy\u00e9e sur une analyse de la conflictualit\u00e9 sociale italienne semi-conspirationniste de type « strat\u00e9gie de la tension », c'est-\u00e0-dire selon laquelle la conflictualit\u00e9 serait le simple r\u00e9sultat d'une volont\u00e9 de l'\u00c9tat et de ses services secrets de criminaliser le mouvement en l'attisant (!). Cette affaire, mise en exergue au d\u00e9triment des milliers d'autres similaires par la gauche italienne et fran\u00e7aise, par exemple par l'historien Carlo Ginzburg, qui la qualifie de « proc\u00e8s en sorcellerie, ou par Umberto Eco qui la consid\u00e8re comme un « accident judiciaire », alors que les ann\u00e9es de prison \u00e9taient alors distribu\u00e9es par milliers, interroge la pertinence d'une d\u00e9fense factuelle adoss\u00e9e sur une lecture anti-subversive des faits qui serait oppos\u00e9e \u00e0 une d\u00e9fense plus politique ou peut-\u00eatre moins connivente, sinon v\u00e9ritablement de rupture. \n\nVenez donc en discuter avec nous. \n\nSaboter la machine judiciaire implique de comprendre comment fonctionnent ses rouages quand elle s'exerce, comment elle peaufine ses engrenages pour mieux nous broyer. Alors il nous a sembl\u00e9 pertinent de proposer des occasions de pratiquer ensemble des d\u00e9montages, en se donnant le loisir d'accorder collectivement toute notre attention \u00e0 des d\u00e9constructions aussi m\u00e9ticuleuses que possible d'affaires judiciaires pr\u00e9cises, pass\u00e9es ou actuelles, pour mieux se pr\u00e9parer \u00e0 affronter la justice et la r\u00e9pression quand nous nous retrouvons contraint de le faire. Chaque affaire est singuli\u00e8re, et toutes ou presque pourront nous int\u00e9resser, qu'elles aient d\u00e9fray\u00e9 la chronique, marqu\u00e9 l'histoire ou qu'elles participent d'un fonctionnement quotidien d'une justice toujours trop pr\u00e8s de la vie de tout un chacun, et on esp\u00e8re que comprendre ces affaires sp\u00e9cifiques nous permettra d'en savoir plus sur le fonctionnement de l'ensemble du dispositif, et de trouver comment s'y opposer. \n\nConcr\u00e8tement, on propose un rendez-vous r\u00e9gulier et public (une fois par programme) pour plonger ensemble dans une affaire choisie pr\u00e9alablement selon les propositions ou occasions, et sur laquelle ceux et celles qui voudront le faire se seront pench\u00e9s en amont, \u00e0 partir des documents et informations qu'on peut r\u00e9unir selon les cas, pour restituer aux autres \u00e0 la fois la construction de l'accusation et la strat\u00e9gie de d\u00e9fense choisie ainsi que la mani\u00e8re dont elle s'est \u00e9labor\u00e9e. On pourra ensuite tous discuter \u00e0 partir de ces \u00e9l\u00e9ments, en s'inspirant des formes de prises en charge collective des d\u00e9fenses qui se sont d\u00e9velopp\u00e9es dans les suites de mai 68, par exemple, mais sous une forme « d\u00e9sactualis\u00e9e », hors des enjeux imm\u00e9diats d'une d\u00e9fense r\u00e9elle en cours. \n\nPas besoin de connaissances sp\u00e9cifiques pr\u00e9alables, bien s\u00fbr, pour participer, d'autant plus que le point de vue que nous choisirons est celui de tous ceux et celles qui peuvent se retrouver face aux tribunaux et qui ne sont pas pr\u00eats \u00e0 laisser la machine judiciaire les broyer, et non pas celui des sp\u00e9cialistes ou relais de la justice auxquels trop souvent le champ libre est laiss\u00e9, parce que tout est fait pour nous conduire \u00e0 le leur abandonner. Il s'agirait donc au contraire de s'habituer \u00e0 ne plus d\u00e9serter le champ de l'\u00e9laboration collective, et de chercher \u00e0 donner un sens concret \u00e0 la notion de d\u00e9fense collective. Voir aussi Les fleurs arctiques " ,
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Quand ?
Le 22 novembre à 16h30,
Où ?
Les Fleurs arctiques
45, rue du Pré Saint-Gervais 75019 Paris
Ce démontage s’attaque à une des grandes affaires liées à la répression du « mai rampant » italien, cette vague insurrectionnelle de la fin des années soixante qui s’est étendue en Italie sur une dizaine d’année et a connu une répression massive, avec certains moments particulièrement mis en lumière comme le « procès Sofri ».
En 1990, les prévenus Adriano Sofri, Giorgio Pietrostefani et Ovidio Bompressi, tous d’anciens membres du groupe opéraïste Lotta Continua, actif à partir de 1969, sont déclarés coupables de l’assassinat le 17 mai 1972 du commissaire Luigi Calabresi, que les aires subversives considèrent comme responsable du « suicide » par défenestration de Pinelli, militant anarchiste, lors de son interrogatoire dans le cadre de l’affaire de la Piazza Fontana (1969).
L’accusation se construit essentiellement sur la base des aveux de Leonardo Marino, lui aussi ex membre de Lotta Continua, qui bénéficiera du statut de repenti. Sofri et Pietrostefani auraient commandité la mort de Calabresi, tandis que Marino affirme avoir conduit Bompressi, le tireur, au lieu de l’assassinat.
Comme beaucoup des procès de l’époque, celui-ci a donné lieu à une épopée judiciaire avec appel, cassation, puis confirmation du verdict par la cour d’appel de renvoi, avalisée par la cour de cassation en 1997. Une demande de révision est acceptée en 1999 mais la cour d’appel confirme la condamnation et la cour de cassation rejette le pourvoi en 2000. Enfin, en 2003, la CEDH juge irrecevable un ultime recours fondé sur le droit à un procès équitable.
Si une telle procédure a été possible, c’est que l’accusation reposait presque entièrement sur des aveux malmenés par les faits. De nombreuses contradictions entre les paroles de Marino et les témoins oculaires furent relevées. Et les preuves matérielles véritables étaient rares ou disparues. Aussi une telle affaire permet-elle de se confronter à la valeur judiciaire de l’aveu et du témoignage ainsi que sur le poids du statut de repenti dans les mains du pouvoir.
Mais ce qui va nous intéresser c’est aussi la défense de Sofri centrée sur une revendication d’innocence appuyée sur une analyse de la conflictualité sociale italienne semi-conspirationniste de type « stratégie de la tension », c’est-à-dire selon laquelle la conflictualité serait le simple résultat d’une volonté de l’État et de ses services secrets de criminaliser le mouvement en l’attisant (!). Cette affaire, mise en exergue au détriment des milliers d’autres similaires par la gauche italienne et française, par exemple par l’historien Carlo Ginzburg, qui la qualifie de « procès en sorcellerie, ou par Umberto Eco qui la considère comme un « accident judiciaire », alors que les années de prison étaient alors distribuées par milliers, interroge la pertinence d’une défense factuelle adossée sur une lecture anti-subversive des faits qui serait opposée à une défense plus politique ou peut-être moins connivente, sinon véritablement de rupture.
Venez donc en discuter avec nous.
Saboter la machine judiciaire implique de comprendre comment fonctionnent ses rouages quand elle s’exerce, comment elle peaufine ses engrenages pour mieux nous broyer. Alors il nous a semblé pertinent de proposer des occasions de pratiquer ensemble des démontages, en se donnant le loisir d’accorder collectivement toute notre attention à des déconstructions aussi méticuleuses que possible d’affaires judiciaires précises, passées ou actuelles, pour mieux se préparer à affronter la justice et la répression quand nous nous retrouvons contraint de le faire. Chaque affaire est singulière, et toutes ou presque pourront nous intéresser, qu’elles aient défrayé la chronique, marqué l’histoire ou qu’elles participent d’un fonctionnement quotidien d’une justice toujours trop près de la vie de tout un chacun, et on espère que comprendre ces affaires spécifiques nous permettra d’en savoir plus sur le fonctionnement de l’ensemble du dispositif, et de trouver comment s’y opposer.
Concrètement, on propose un rendez-vous régulier et public (une fois par programme) pour plonger ensemble dans une affaire choisie préalablement selon les propositions ou occasions, et sur laquelle ceux et celles qui voudront le faire se seront penchés en amont, à partir des documents et informations qu’on peut réunir selon les cas, pour restituer aux autres à la fois la construction de l’accusation et la stratégie de défense choisie ainsi que la manière dont elle s’est élaborée. On pourra ensuite tous discuter à partir de ces éléments, en s’inspirant des formes de prises en charge collective des défenses qui se sont développées dans les suites de mai 68, par exemple, mais sous une forme « désactualisée », hors des enjeux immédiats d’une défense réelle en cours.
Pas besoin de connaissances spécifiques préalables, bien sûr, pour participer, d’autant plus que le point de vue que nous choisirons est celui de tous ceux et celles qui peuvent se retrouver face aux tribunaux et qui ne sont pas prêts à laisser la machine judiciaire les broyer, et non pas celui des spécialistes ou relais de la justice auxquels trop souvent le champ libre est laissé, parce que tout est fait pour nous conduire à le leur abandonner. Il s’agirait donc au contraire de s’habituer à ne plus déserter le champ de l’élaboration collective, et de chercher à donner un sens concret à la notion de défense collective.