Discussion. De quoi sont faits les ponts entre la gauche et la Nouvelle Droite ?
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"name": "Discussion : De quoi sont faits les ponts entre la gauche et la Nouvelle Droite ?" ,
"description": "https:\/\/www.agendamilitant.org\/Discussion-De-quoi-sont-faits-les-ponts-entre-la-gauche-et-la-Nouvelle-Droite.html \n\nDe quelle couleur politique sont aujourd'hui ceux qui d\u00e9fendent des r\u00e9gimes r\u00e9actionnaires comme la R\u00e9publique Islamique d'Iran, comme ils le faisaient avec Bachar Al-Assad il n'y a pas si longtemps ? Pouvez-vous dire avec certitude \u00e0 quel camp politique appartiendrait un militant qui \u00e9crirait un texte aujourd'hui insistant sur la r\u00e9ification des cat\u00e9gories identitaires racistes afin d'organiser les luttes, sinon la soci\u00e9t\u00e9 ? Le dernier weekend de conf\u00e9rences contre le f\u00e9minisme \u00e9tait-il organis\u00e9 par la droite ou la gauche ? \n\nPour comprendre comment des positions autrefois clairement associ\u00e9es aux droites les plus extr\u00eames se retrouvent aujourd'hui au sein de la gauche, nous proposons de discuter de la Nouvelle Droite et des improbables ponts que les penseurs de ce courant se sont attach\u00e9s \u00e0 construire entre des positions historiquement adverses. Cette soir\u00e9e sera le d\u00e9but d'un cycle de discussions autour de ce courant politique. \n\nSi le nom de \"Nouvelle Droite\" peut para\u00eetre trop euph\u00e9misant au regard des id\u00e9es franchement r\u00e9actionnaires qui caract\u00e9risent ce courant de pens\u00e9e, il repr\u00e9sente bien le d\u00e9fi auquel se sont attach\u00e9s ses penseurs : celui de renouveler la pens\u00e9e d'extr\u00eame droite au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Il leur fallait en effet recr\u00e9er tout un vocabulaire conceptuel, oublier certaines r\u00e9f\u00e9rences intellectuelles disqualifi\u00e9es par l'histoire pour en r\u00e9habiliter d'autres, afin de faire vivre les id\u00e9es fascistes dans des d\u00e9mocraties ayant int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 leur r\u00e9cit national la victoire contre le fascisme, ou pour adapter la mythologie raciste \u00e0 l'\u00e9poque des d\u00e9colonisations et des luttes anti-racistes. \n\nIssus des structures classiques de l'extr\u00eame droite des ann\u00e9es 50 et 60, comme le mouvement Jeune Nation ou la F\u00e9d\u00e9ration des \u00e9tudiants nationalistes, certains militants se lanceront alors dans l'entreprise d'adaptation radicale de leur id\u00e9ologie \u00e0 une \u00e9poque qui ne leur est pas favorable. C'est le d\u00e9but de ce courant de pens\u00e9e en constellation qu'est la Nouvelle Droite, autour d'organisations comme le Groupement de recherche et d'\u00e9tudes pour la civilisation europ\u00e9enne (GRECE) fond\u00e9 en 1969 et qui en restera le centre, la Nuova Destra en Italie, la Neue Rechte en Allemagne, et de revues comme \u00c9l\u00e9ments, Nouvelle \u00c9cole, ou Krisis. Alain de Benoist en sera la figure centrale, mais ce courant de pens\u00e9e regroupe d'autres figures qui marqueront l'extr\u00eame droite contemporaine comme Armin Mohler, Dominique Venner, Guillaume Faye ou Fran\u00e7ois Bousquet. Il est difficile de cerner pr\u00e9cis\u00e9ment les contours de cet agglom\u00e9rat qui n'est pas homog\u00e8ne au niveau de la pens\u00e9e et qui regroupe des contradictions, et d'autres noms de l'extr\u00eame droite gravit\u00e8rent autour de la Nouvelle Droite comme Jean-Yves Le Gallou et son Club de l'Horloge avant de s'en \u00e9loigner, ou Jean Thiriart qui conna\u00eetra un parcours similaire. \n\nC'est la volont\u00e9 initiale - se fondre dans son \u00e9poque et trouver des habits neufs pour les id\u00e9es r\u00e9actionnaires -, qui am\u00e8nera la Nouvelle Droite \u00e0 renouveler son vocabulaire et \u00e9largir ses inspirations intellectuelles jusqu'\u00e0 y inclure des penseurs des gauches radicales. Le r\u00e9sultat de cette strat\u00e9gie est aujourd'hui la multiplication des \u00e9tranges convergences entre une partie de la gauche et de l'extr\u00eame droite. Par exemple, il a \u00e9t\u00e9 possible de tisser un noeud entre racisme et antiracisme par le concept d'ethnodiff\u00e9rentialisme (ou « ethnopluralisme »). Dans le num\u00e9ro 8-9 de 1974, la revue \u00c9l\u00e9ments sous la plume d'Alain de Benoist, propose une critique du racisme comme une id\u00e9ologie issue de la colonisation et de la modernit\u00e9 qui voudrait nier les diff\u00e9rences entre les peuples. C'est \u00e0 la fois une critique du racisme comme universalisme forc\u00e9, et la critique d'un « antiracisme moralisateur et mondain » qui lui aussi refuserait de voir les diff\u00e9rences entre les peuples, et cela n'est pas sans rappeler l'antiracisme identitaire aujourd'hui bien install\u00e9 \u00e0 gauche, et sa distinction entre antiracisme moral et antiracisme politique. \n\nLe GRECE s'oppose \u00e0 l'assimilation forc\u00e9e que l'\u00c9tat fran\u00e7ais r\u00e9serverait aux populations immigr\u00e9es et se prononce pour un enseignement adapt\u00e9 « pour chaque minorit\u00e9 ethnique ». Pour la Nouvelle Droite comme pour une partie de la gauche actuelle, l'antiracisme le plus cons\u00e9quent est celui du droit \u00e0 la diff\u00e9rence entre cat\u00e9gories identitaires racistes, et c'est en cela que r\u00e9side la perspective ethnodiff\u00e9rentialiste. \n\nDans le contexte de la Guerre Froide, c'est \u00e9galement sur un fond d'anti-occidentalisme bas du front que la Nouvelle Droite a pu construire un pont entre le nationalisme le plus autoritaire de la droite et les luttes anti-imp\u00e9rialistes ou souverainistes de gauche, comme l'illustre le d\u00e9bat auquel prend part Jean-Luc M\u00e9lenchon dans un num\u00e9ro de la revue Krisis en 1992, o\u00f9 il affirme son combat pour une Europe \u00e9mancip\u00e9e de l'influence am\u00e9ricaine. Pour Guillaume Faye, la d\u00e9fense de la civilisation europ\u00e9enne devait se faire contre l'ennemi principal qu'\u00e9taient les \u00c9tats-Unis, ou \"l'entit\u00e9 am\u00e9ricano-sioniste\", et en soutien de l'Iran de Khomeyni, position d'un campisme qui ne peut que plaire \u00e0 un certain anti-imp\u00e9rialisme. Si Jean Thiriart s'opposait au GRECE sur la question raciste (il restait pour un supr\u00e9macisme blanc), il partageait enti\u00e8rement les positions anti-am\u00e9ricanistes de la Nouvelle Droite et a travaill\u00e9 au long cours pour une alliance entre les nationalistes europ\u00e9ens et des nationalistes arabes comme ceux du parti Baas, de la m\u00eame mani\u00e8re que son pr\u00e9d\u00e9cesseur id\u00e9ologique, le fasciste Francis Parker Yockey, avait travaill\u00e9 pour le gouvernement \u00e9gyptien de Nasser dans le but de cr\u00e9er une alliance contre « le pouvoir jud\u00e9o-am\u00e9ricain ». \n\nL'actuel r\u00e9dacteur en chef de la revue El\u00e9ments, Fran\u00e7ois Bousquet, est aussi le pr\u00e9facier du dernier livre de l'avocat et militant anti-colonial Jacques Verg\u00e8s. C'est \u00e0 travers cette rh\u00e9torique de la d\u00e9fense de la civilisation europ\u00e9enne contre l'Occident que la Nouvelle Droite \u00e0 su fournir \u00e0 l'extr\u00eame droite une nouvelle g\u00e9opolitique qui semble s\u00e9duire m\u00eame \u00e0 gauche. Nul doute que les \u00e9missions de la cha\u00eene \"Paroles d'honneur\" sur la qu\u00eate d'une fiert\u00e9 blanche \u00e0 retrouver face \u00e0 l'occidentalisation de la France ont d\u00fb passionner cette nouvelle extr\u00eame droite. Au-del\u00e0 d'une fascination tiers-mondiste, c'est bien sur des positions souverainistes et g\u00e9opolitiques que la gauche et la Nouvelle Droite se retrouvent. \n\nC'est aussi la critique r\u00e9actionnaire de la modernit\u00e9 que la Nouvelle Droite s'est attach\u00e9e \u00e0 transmettre, dont les cibles sont le lib\u00e9ralisme, le progressisme, l'universalisme ou le rationalisme. Les nouveaux oripeaux de ces \u00e9l\u00e9ments du r\u00e9cit fasciste antimoderne sont ceux de l'anticapitalisme et de l'anti-lib\u00e9ralisme de gauche. Pour Alexandre Douguine, qui s'est form\u00e9 aux id\u00e9es de la Nouvelle Droite \u00e0 la rencontre de Jean Thiriart et d'Alain de Benoist, la modernit\u00e9 est dot\u00e9e d'un agenda universaliste eurocentriste visant \u00e0 faire dispara\u00eetre les diff\u00e9rences entre les civilisations et dont le progressisme serait le fer de lance ; or nous vivons dans un monde \"pluriversel\" o\u00f9 chaque civilisation \u00e9voluera \u00e0 son propre rythme et selon ses propres valeurs. Une prose que ne renieraient pas les figures des \u00e9tudes d\u00e9coloniales comme Walter Mignolo, qui appelle de ses voeux une plus grande reconnaissance du caract\u00e8re pluriversel de ce monde. \n\nIl est donc possible que l'extr\u00eame droite douguinienne retrouve la gauche d\u00e9coloniale sur le terrain de la critique de l'homosexualit\u00e9, du droit des femmes ou des droits de l'homme en tant qu'inventions de l'Occident. C'est \u00e9galement par la critique de la modernit\u00e9 qu'Alain de Benoist formulera une pens\u00e9e d'extr\u00eame droite de l'\u00e9cologie et se rapprochera de figures comme Serge Latouche, par laquelle il d\u00e9veloppera une critique du progr\u00e8s, de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, et du d\u00e9senchantement du monde par la rationalisation scientifique et technique. \n\nSi les r\u00e9volutionnaires ont toujours d\u00fb lutter \u00e0 la fois contre la gauche et la droite du capital, contre l'\u00c9tat d\u00e9mocrate et contre l'\u00c9tat fasciste, contre le lib\u00e9ralisme comme contre la r\u00e9action, les rep\u00e8res d'autres fois ne semblent plus aussi \u00e9clairants pour identifier l'ennemi. Les r\u00e9volutionnaires aujourd'hui font-ils face \u00e0 une gauche de droite ? Nous vous proposons de venir discuter de cette potentialit\u00e9 dont l'apparence confuse semble coller parfaitement avec l'\u00e9poque. Plut\u00f4t que de chercher \u00e0 comprendre sur quoi la \"vraie\" gauche se perd et ce qu'il faudrait qu'elle retrouve, nous voulons ici prendre au s\u00e9rieux l'existence de ces noeuds entre gauche et extr\u00eame droite \u00e0 travers le cas de la Nouvelle Droite, afin d'affirmer les critiques r\u00e9volutionnaires de la nation, de la civilisation ou du paradigme identitaire. Voir aussi Les fleurs arctiques " ,
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Thèmes :
Autre
Type d'événement :
Réunion publique
Quand ?
Le 9 octobre à 19h30,
Où ?
Les Fleurs arctiques
45, rue du Pré Saint-Gervais 75019 Paris
De quelle couleur politique sont aujourd’hui ceux qui défendent des régimes réactionnaires comme la République Islamique d’Iran, comme ils le faisaient avec Bachar Al-Assad il n’y a pas si longtemps ? Pouvez-vous dire avec certitude à quel camp politique appartiendrait un militant qui écrirait un texte aujourd’hui insistant sur la réification des catégories identitaires racistes afin d’organiser les luttes, sinon la société ? Le dernier weekend de conférences contre le féminisme était-il organisé par la droite ou la gauche ?
Pour comprendre comment des positions autrefois clairement associées aux droites les plus extrêmes se retrouvent aujourd’hui au sein de la gauche, nous proposons de discuter de la Nouvelle Droite et des improbables ponts que les penseurs de ce courant se sont attachés à construire entre des positions historiquement adverses. Cette soirée sera le début d’un cycle de discussions autour de ce courant politique.
Si le nom de "Nouvelle Droite" peut paraître trop euphémisant au regard des idées franchement réactionnaires qui caractérisent ce courant de pensée, il représente bien le défi auquel se sont attachés ses penseurs : celui de renouveler la pensée d’extrême droite au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Il leur fallait en effet recréer tout un vocabulaire conceptuel, oublier certaines références intellectuelles disqualifiées par l’histoire pour en réhabiliter d’autres, afin de faire vivre les idées fascistes dans des démocraties ayant intégré à leur récit national la victoire contre le fascisme, ou pour adapter la mythologie raciste à l’époque des décolonisations et des luttes anti-racistes.
Issus des structures classiques de l’extrême droite des années 50 et 60, comme le mouvement Jeune Nation ou la Fédération des étudiants nationalistes, certains militants se lanceront alors dans l’entreprise d’adaptation radicale de leur idéologie à une époque qui ne leur est pas favorable. C’est le début de ce courant de pensée en constellation qu’est la Nouvelle Droite, autour d’organisations comme le Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE) fondé en 1969 et qui en restera le centre, la Nuova Destra en Italie, la Neue Rechte en Allemagne, et de revues comme Éléments, Nouvelle École, ou Krisis. Alain de Benoist en sera la figure centrale, mais ce courant de pensée regroupe d’autres figures qui marqueront l’extrême droite contemporaine comme Armin Mohler, Dominique Venner, Guillaume Faye ou François Bousquet. Il est difficile de cerner précisément les contours de cet agglomérat qui n’est pas homogène au niveau de la pensée et qui regroupe des contradictions, et d’autres noms de l’extrême droite gravitèrent autour de la Nouvelle Droite comme Jean-Yves Le Gallou et son Club de l’Horloge avant de s’en éloigner, ou Jean Thiriart qui connaîtra un parcours similaire.
C’est la volonté initiale - se fondre dans son époque et trouver des habits neufs pour les idées réactionnaires -, qui amènera la Nouvelle Droite à renouveler son vocabulaire et élargir ses inspirations intellectuelles jusqu’à y inclure des penseurs des gauches radicales. Le résultat de cette stratégie est aujourd’hui la multiplication des étranges convergences entre une partie de la gauche et de l’extrême droite. Par exemple, il a été possible de tisser un noeud entre racisme et antiracisme par le concept d’ethnodifférentialisme (ou « ethnopluralisme »). Dans le numéro 8-9 de 1974, la revue Éléments sous la plume d’Alain de Benoist, propose une critique du racisme comme une idéologie issue de la colonisation et de la modernité qui voudrait nier les différences entre les peuples. C’est à la fois une critique du racisme comme universalisme forcé, et la critique d’un « antiracisme moralisateur et mondain » qui lui aussi refuserait de voir les différences entre les peuples, et cela n’est pas sans rappeler l’antiracisme identitaire aujourd’hui bien installé à gauche, et sa distinction entre antiracisme moral et antiracisme politique.
Le GRECE s’oppose à l’assimilation forcée que l’État français réserverait aux populations immigrées et se prononce pour un enseignement adapté « pour chaque minorité ethnique ». Pour la Nouvelle Droite comme pour une partie de la gauche actuelle, l’antiracisme le plus conséquent est celui du droit à la différence entre catégories identitaires racistes, et c’est en cela que réside la perspective ethnodifférentialiste.
Dans le contexte de la Guerre Froide, c’est également sur un fond d’anti-occidentalisme bas du front que la Nouvelle Droite a pu construire un pont entre le nationalisme le plus autoritaire de la droite et les luttes anti-impérialistes ou souverainistes de gauche, comme l’illustre le débat auquel prend part Jean-Luc Mélenchon dans un numéro de la revue Krisis en 1992, où il affirme son combat pour une Europe émancipée de l’influence américaine. Pour Guillaume Faye, la défense de la civilisation européenne devait se faire contre l’ennemi principal qu’étaient les États-Unis, ou "l’entité américano-sioniste", et en soutien de l’Iran de Khomeyni, position d’un campisme qui ne peut que plaire à un certain anti-impérialisme. Si Jean Thiriart s’opposait au GRECE sur la question raciste (il restait pour un suprémacisme blanc), il partageait entièrement les positions anti-américanistes de la Nouvelle Droite et a travaillé au long cours pour une alliance entre les nationalistes européens et des nationalistes arabes comme ceux du parti Baas, de la même manière que son prédécesseur idéologique, le fasciste Francis Parker Yockey, avait travaillé pour le gouvernement égyptien de Nasser dans le but de créer une alliance contre « le pouvoir judéo-américain ».
L’actuel rédacteur en chef de la revue Eléments, François Bousquet, est aussi le préfacier du dernier livre de l’avocat et militant anti-colonial Jacques Vergès. C’est à travers cette rhétorique de la défense de la civilisation européenne contre l’Occident que la Nouvelle Droite à su fournir à l’extrême droite une nouvelle géopolitique qui semble séduire même à gauche. Nul doute que les émissions de la chaîne "Paroles d’honneur" sur la quête d’une fierté blanche à retrouver face à l’occidentalisation de la France ont dû passionner cette nouvelle extrême droite. Au-delà d’une fascination tiers-mondiste, c’est bien sur des positions souverainistes et géopolitiques que la gauche et la Nouvelle Droite se retrouvent.
C’est aussi la critique réactionnaire de la modernité que la Nouvelle Droite s’est attachée à transmettre, dont les cibles sont le libéralisme, le progressisme, l’universalisme ou le rationalisme. Les nouveaux oripeaux de ces éléments du récit fasciste antimoderne sont ceux de l’anticapitalisme et de l’anti-libéralisme de gauche. Pour Alexandre Douguine, qui s’est formé aux idées de la Nouvelle Droite à la rencontre de Jean Thiriart et d’Alain de Benoist, la modernité est dotée d’un agenda universaliste eurocentriste visant à faire disparaître les différences entre les civilisations et dont le progressisme serait le fer de lance ; or nous vivons dans un monde "pluriversel" où chaque civilisation évoluera à son propre rythme et selon ses propres valeurs. Une prose que ne renieraient pas les figures des études décoloniales comme Walter Mignolo, qui appelle de ses voeux une plus grande reconnaissance du caractère pluriversel de ce monde.
Il est donc possible que l’extrême droite douguinienne retrouve la gauche décoloniale sur le terrain de la critique de l’homosexualité, du droit des femmes ou des droits de l’homme en tant qu’inventions de l’Occident. C’est également par la critique de la modernité qu’Alain de Benoist formulera une pensée d’extrême droite de l’écologie et se rapprochera de figures comme Serge Latouche, par laquelle il développera une critique du progrès, de la société de consommation, et du désenchantement du monde par la rationalisation scientifique et technique.
Si les révolutionnaires ont toujours dû lutter à la fois contre la gauche et la droite du capital, contre l’État démocrate et contre l’État fasciste, contre le libéralisme comme contre la réaction, les repères d’autres fois ne semblent plus aussi éclairants pour identifier l’ennemi. Les révolutionnaires aujourd’hui font-ils face à une gauche de droite ? Nous vous proposons de venir discuter de cette potentialité dont l’apparence confuse semble coller parfaitement avec l’époque. Plutôt que de chercher à comprendre sur quoi la "vraie" gauche se perd et ce qu’il faudrait qu’elle retrouve, nous voulons ici prendre au sérieux l’existence de ces noeuds entre gauche et extrême droite à travers le cas de la Nouvelle Droite, afin d’affirmer les critiques révolutionnaires de la nation, de la civilisation ou du paradigme identitaire.