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Lier le fond et la forme. Y a-t-il une violence intrinsèquement révolutionnaire ?

Thèmes :
Autre

Type d'événement :
Réunion publique

Quand ?

Cet événement est passé
Vendredi 8 décembre 2023 à 19h30,

Où ?
Les Fleurs Arctiques
45 Rue du Pré Saint-Gervais 75019 Paris

Du mouvement contre la loi travail au mouvement contre les retraites, en passant par les gilets jaunes, une certaine pratique de la violence se diffuse au sein des mouvement sociaux ou hors des mouvements et parallèlement à cela, les formes d’organisation autonomes et l’idée révolutionnaire ont du mal à émerger. La pratique de la violence, de la casse, de l’offensivité avec la police peut se répandre sans que cela n’empêche de nouvelles tendances politiques de se les réapproprier et de les accompagner d’un discours réformiste et au bout du compte pacificateur.

Faut-il absolument tenir un discours avec les actes et comment ? Ne pas avoir de discours peut faciliter la récupération ou la réinterprétation. Si l’on évoque par exemple le cas extrême en termes d’écartèlement idéologique de l’incendie d’églises qui a impliqué historiquement, entre autres, des nazis et des anarchistes : il est important de se différencier des premiers et ne pas leur donner la possibilité de récupérer des attaques perpétrées dans une perspective émancipatrice. Cette question se pose aussi dans des cas de désaccords moins extrêmes, par exemple avec des gens et positions qu’on retrouve dans les luttes. On peut penser aux tendances social-démocrates qui peuvent se mettre à avoir des modes d’action plus radicaux, souvent légitimés sous le nom de « désobéissance civile », parfois même la casse en manif, les manifs sauvages etc.

On peut aussi penser à 2019, lorsque les Gilets Jaunes ont propagé en France pendant quelques mois une confrontation radicale avec la représentation, les forces de l’ordre, le capitalisme et l’État. Le niveau de violence posé par les GJ pendant les manifestations était rare au vu des dix dernières années de mouvement sociaux en France. Mais il a été possible, dans ces manifestations et émeutes, de retrouver beaucoup de bords politiques différents, parfois radicalement opposés. L’autonome ou l’anarchiste pouvait trouver à sa droite, en pleine manif, dans un mouvement de foule, un complotiste patriotard. La question qui s’est posée alors, celle du discours et de la lutte interne au mouvement social, est importante. Avec qui et pour quoi veut on lutter ? A-t-on besoin d’un discours clair pour cela ?

À d’autres époques, des réformistes posaient des bombes, faisaient la guerre aux fascistes ou autres et se sont retrouvés à avoir le pouvoir de réprimer les révolutionnaires qui ne déposaient pas les armes ou qui n’arrêtaient pas les pillages une fois la victoire déclarée. Comment faire exister les positions et les conflits historiques et matériels malgré des modes d’action parfois similaires ? Doit-on se différencier des réformistes et autoritaires en inventant de nouvelles pratiques ?

L’exemple des émeutes pour Nahel est parlant car il était difficilement récupérable par la gauche ou les syndicats puisque le discours, ou plutôt le non-discours, était contenu dans les attaques : les institutions (commissariats, écoles, etc.), le quartier (voitures, cameras, poubelles etc.) et les pillages. Les émeutes étaient aussi difficiles à récupérer pour la gauche réformiste car elles attaquaient les symboles que cette dernière défend : mairies, écoles de la République, bibliothèques et maisons de quartiers, prisons et commissariats, de la police nationale ou celle de proximité, plébiscitée par les gauchistes. Sa tentative de récupération, qui consistait en partie à appeler à la pacification par les appels au calme, a échoué car c’est elle-même qui était en partie ciblée. On pourra se demander s’il existe des moments de révolte tels que les émeutes, qui sont intrinsèquement irrécupérables ou si, tant qu’il y aura des récupérateurs, même une attaque de commissariat pourra un jour être emballée pour vendre une soupe de gauche...

Plus largement, cette discussion sera l’occasion d’aborder sous un nouvel angle la question de la violence qui a déjà fait l’objet d’un cycle à la bibliothèque en 2020 et dont les textes peuvent toujours servir à contribution : ici et